Retour
Le 29/08/2013 par Raphaël Pommier

Mon vin d'ardeche est nature, c'est pas naturel !

en tant que vigneron bio, je me dois de préciser la notion de vin nature...

Mon vin d’Ardèche est Nature, c’est pas Naturel !

Depuis plusieurs années, une rumeur circule dans le monde très fermé des dégustateurs amateurs. Elle concerne la sacro-sainte illusion que les seuls bons vins bio qui existent seraient des vins dits « naturels ».

Mais quel est donc cette notion assez floue de vin naturel ?

N’étant pas forcément qualifié pour expliquer ce terme, je me suis tourné vers la toile pour tacher d’en saisir la signification… Quelle ne fût pas ma déception ! Pas de définition claire et sans ambiguïté… On parle de vins sans sulfites (mais c’est impossible ! la levure en produit !!), puis de vins sans sulfites ajoutés (là je peux comprendre), puis de vins sans ingrédients autre que le raisin qui fermente (mais la définition du vin c’est pas la même chose ?), de vins élaborés par des puristes, de cuvées jusqu’au-bout-istes…

Bref, rien que ne satisfasse mon esprit critique et n’étanche mon insatiable soif de connaissance.

Alors voilà, après mûre réflexion, et pas mal de dégustations, je vous donne ma seule et unique définition du « vin naturel » : c’est du vinaigre en devenir (si c’en est pas déjà) !

Je ne dis pas que tous les vins naturels soient vinaigrés mais il m’est apparu que bien rare étaient les vignerons qui fassent du bon « vin naturel ». Je préfère d’ailleurs à ce moment là leur donner l’appellation de bon « vin Nature ». La nuance est d’importance, car le bon goût du vin sur la nature du fruit a été respecté.

Je suis désolé de venir ainsi casser un mythe et de vous frustrer peut-être de nombreuses dégustations à venir… Mais si on doit suivre le coté naturel des évènements dans la fermentation, le stade ultime de la dégradation du sucre par les levures et de l’alcool par les bactéries c’est l’acide acétique, ou vinaigre de vin.

En tant que producteur bio, engagé dans des méthodes naturelles de production, je milite pour que les vins soient élaborés sans artifices alimentaires et dans le respect des sols et de leur nature.

Mais je pense sincèrement qu’il faut définir au plus vite cette notion trop ambiguë de « vin naturel » pour arrêter de faire tourner tout le monde viticole en bourrique.

Trop de clients pensent à tort que le vin naturel résulte d’une absence d’intervention du vigneron sur la vinification, afin de revenir à des goûts naturels… Je l’entends trop souvent dans des salons : « il faut laisser faire la nature ! il faut retrouver la nature…»

J’ai déjà parlé dans ce blog de ma conception très maternelle du vin. Le parallèle entre les 9 mois précédant la vendange après la taille de janvier et les 9 mois de grossesse sont probant. La vigne enfante chaque année un nouveau millésime.

Or dès que l’enfant est né, dès que le raisin est en cuve et que la vie fermente…

Croyez vous que nous allons laisser faire la nature ? Croyez vous que nous allons laisser nos enfants grandir tout seul dans leur cuve ? Sans les accompagner, les surveiller, les élever ?

Pour sûr, aucune maman n’abandonnerait son enfant aux aléas naturels. Et bien aucun vigneron censé, digne de ce nom, n’abandonnera jamais son moût de raisin aux aléas naturels, car il sait que les risques sont trop grands de le voir tourner en vinaigre.

Et donc je vous l’affirme, un bon « vin nature », c’est pas naturel !

C’est d’abord à la cave un suivi professionnel des conditions et des paramètres de la fermentation. Comme dans une maternité, puis à la maison, c’est une surveillance de tous les instants pour obtenir l’assurance que la croissance du bébé vin se porte bien, respecté dans sa nature.

Notre rôle de vigneron bio n’est pas de laisser la nature répondre d’elle même aux problèmes naturels que pourrait rencontrer notre vin. Notre rôle est de trouver une solution naturelle à un problème naturel. Solution qui respecte des principes de vie, dans une conception de la nature vivante, mais gérée et contrôlée par l’homme. Pas de produits de synthèse, pas d’artifice chimique, pas de tromperie mais du respect. Respect pour ce vin qui vient de naître, pour cette vie qui s’éveille dans nos papilles et qui est trop fragile pour l’abandonner à son sort.

Tout le contraire du « laissons faire la nature » comme la solution miracle pour aboutir à une cuvée d’exception.

La nature est rarement capable de faire du bon vin toute seule. Ces goûts spéciaux « retrouvés », comme disent certains dégustateurs sont une hérésie du fruit.

Bien sûr, on pourra me rétorquer que la sélection naturelle est à la base de l’évolution. Que les vins naturels nous rapprochent de la vérité, même si elle a un prix… Comme si c’était au bébé de se sortir de lui même d’un arrêt cardiaque ou d’une pneumonie…

Mais les mauvais vins naturels ne sont pas éliminés comme dans la nature, ils restent toujours sur le marché avec l’estampille « naturel » et donnent une très mauvaise image du vin bio !

Alors oui, ce sont peut-être des cuvées exceptionnelles quand elles sont réussies mais quant on voit le prix qu’elles coûtent en terme de cuvées ratées, de millésimes mort-nés, de faux-goût mis sur un piédestal… ce sont des cuvées que je ne veux goûter qu’exceptionnellement, car elles nous ramènent à une conception archaïque, pour ne pas dire passéiste, de la vinification.

Tout est dans la mesure… Tout est dans la nature…

TAGS

Ajouter un commentaire

Envoyer votre commentaire